Journal de bord · entrée 0001
Histoire

Stanton, 8 décembre 2955.
L'attaque
Le contact apparaît sans prévenir. Une signature massive, bien plus lourde que la sienne, sort de l'ombre d'un astéroïde. Les premiers tirs fusent. Les boucliers encaissent une salve, puis une autre, avant de céder dans un grésillement.
N'importe qui aurait fait demi-tour. Pas lui.
Il pivote, plonge sous la ligne de feu et colle à la coque de l'adversaire, là où ses tourelles ne peuvent plus l'atteindre. Il frappe, se dégage, revient, frappe encore. À chaque passage, un nouveau voyant passe au rouge.
Les alarmes hurlent dans le cockpit. La coque tremble et l'écran clignote :
- ALERTE // BOUCLIERS : HORS LIGNE
- DÉFAILLANCE CRITIQUE // PROPULSEUR : AVARIE
- INCENDIE DÉTECTÉ // COMPARTIMENT 2
- INTÉGRITÉ DE LA COQUE : 31 %
Il serre les dents et tente une dernière passe, plein axe, moteurs à fond, en vidant tout ce qui reste dans les canons.
Le vaisseau ennemi se fend en deux et disparaît dans une gerbe de feu.
Le saut dans l'inconnu
Il a gagné. Mais un dernier tir, parti juste avant l'explosion, a touché le moteur quantique. Le saut s'enclenche tout seul.
Autour du vaisseau, plus rien n'a de forme. La fumée envahit la cabine. La carlingue craque de partout, de longs craquements sourds, comme du métal qu'on tord à la main. Il serre le manche de toutes ses forces sans savoir où il va. Seulement qu'il ne doit pas lâcher.
L'étincelle
Puis, droit devant, une lueur. Sortie de nulle part.
Une traînée vaporeuse, presque fragile, comme un souffle.
Elle ondule dans le chaos et laisse derrière elle des particules qui scintillent un instant avant de s'éteindre.
Il ne réfléchit pas. Il la suit.
Un panneau saute au-dessus de sa tête, l'oxygène chute. Un craquement sec traverse la coque.
La traînée, elle, ne faiblit pas. Elle avance sans se presser, et ses particules viennent glisser contre la verrière.
Le silence radio
Un éclair blanc.
La sortie du saut le plaque contre son siège. Les G l'écrasent, sa vision se resserre, puis s'assombrit.
Ses mains glissent du manche.
Plus rien.
Le vaisseau dérive dans le vide, moteurs morts. Plus d'alarme, plus de feu.
Juste un pilote inconscient dans une épave qui refroidit.
Un nouveau départ
Autour de la carcasse, quelques particules flottent encore.
C'est cette signature que l'équipe de secours accroche sur ses scanners, des heures plus tard.
Sans elle, personne ne l'aurait retrouvé.
À son réveil, il la cherche partout. Aucune base de données ne la connaît.
Il la note sous un nom provisoire : CY-NRG.
Il ne l'a jamais revue. Il n'a jamais arrêté de la chercher non plus.
C'est comme ça qu'est née CYNRG. Un équipage de freelances qui prennent les contrats qui passent, ne reculent pas quand ça chauffe et partent explorer le 'Verse, toujours un peu plus loin. Sans jamais laisser personne seul dans le noir.
